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C'est la feuille déchirée et son timide message qui lui ont donné l'idée. Par ce qu'elle énonçait et par son exemple même. Retroussant pudiquement un de ses coins, elle semblait aspirer à disparaître et inspirait à la disparition. Cette affiche de cirque aussi, le cirque...
Les trapézistes et l'homme canon, la bascule et les acrobates, tout ce qui, enfant, lui donnait de mauvais frissons, des visions de corps écrabouillés, de sang noir bu, entre deux tas de crotin frais, par le sable de l'arène, tout ça ne lui faisait plus peur.
Alors
Il a inspiré une généreuse goulée de l'air glauque qui flottait là - tiens, flotter...ça sera pour une autre fois - pris son élan, ouvert grand les bras, levé au ciel son menton décidé et s'est envolé, léger, léger, au-dessus du mur, au dessus des toits de la triste ville, évitant d'un coup d'épaule les fils électriques, s'élevant plus haut que les tours grouillantes de vies misérables - il avait grandi tant bien que mal dans l'une d'elles- et bientôt qui l'aurait cherché des yeux n'aurait plus vu dans le ciel gris qu'un petit point de rien du tout qu'il aurait pris pour un pigeon. Un pigeon. Ce qu'il ne voulait plus être.
Quelques minutes auparavant, il avait posé son vélo sur le mur, levé distraitement les yeux sur les affiches.
Mar, disait celle du cirque. Ah ça, pour en avoir marre il en avait marre de sa vie minable, bien vu les saltimbanques.
Lutte ! disait une autre. pourquoi lutter ? Il serait toujours le plus faible et puis il avait peur des coups, des baffes -  BABF, douloureux rappel du tag - T'es pas courageux, lui disait son père quand il rentrait de l'école la mine basse et la chemise arrachée, tu me fais honte, renchérissait sa mère quand entouré de gamins riant criant battant des mains il se mettait à trembler et à pleurer sur les bancs du cirque.
Volez ! disait l'affiche un peu déchirée, volez ! Voler...faire l' oiseau, partir pour les pays chauds les pays froids, se percher, bâtir un nid de brindilles, chanter à tue-tête, enchanter le poète, séduire la fille timide du cinquième, se percher sur son balcon, picorer dans sa douce main les miettes de son goûter, à chaque coup de bec lui donner un baiser...
Volez ou volez ? à moins de voler son propre vélo, rien à chourer dans le quartier.

Vous me direz qu'il n'avait pas bien lu, qu'il s'agissait de voter, que pour aller de l'autre côté il suffisait de pousser la porte, que ça ne se fait pas de laisser son vélo traîner dans la rue, qu'on ne s'envole pas comme ça sans avoir prévenu ses proches et sans avoir appris, que l'homme n'est pas un oiseau, que y'a qu'à voir Icare comment que ça a mal tourné pour lui
blablabla 
Quand vous me l'aurez dit,
que je vous aurai écoutés d'une oreille distraite,
allez voter si ça vous dit
mais
laissez s'envoler les beaux cerf-volants
les serments les mots doux
les poètes
et les gens.

après le mur de Lakévio et le Londres de Mary Poppins, un livre passionnant et absolument pas d'actualité, Rue des Maléfices de Jacques Yonnet, chronique de Paris et de ses mystères sur fond d'occupation. Je ne fais que commencer la lecture qui promet tout sauf l'ennui.  

Rue-des-malefices

les hommes oiseaux existent - il paraît que c'est une discipline exclusivement masculine, tiens donc- : 
j'ai découvert ces deux là au hasard d'une vidéo savante sur le conte
quel merveilleux don que ce parler
oiseau.