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Avent 12 : pingouin, boutique

Merci à Ötli qui a sauvé la boutique de la Marraine avec ses pingouins. 

"Le buffle assommé retient mal sa leçon" dit l'épicière chaque fois qu'un des vieillards d'Indigo Street quitte sa boutique, puis elle soulève le menton pour prendre le Ciel à témoin, le repose sur sa formidable poitrine et soupire comme une outre vide. Ce dicton fait sans doute allusion aux méfaits du soleil mais surtout, pour elle, à sa clientèle cinghalaise, de petits mangeurs indécis qui tripotent la marchandise, barguignent sur le poids d'un oeuf, qu'elle considère comme des minables et qui le lui rendent bien. Le mépris est un des rares sentiments que la chaleur attise et il y en a assez dans ce petit quartier pour faire tourner le monde.
C'est l'épicière, et son échoppe fait l'angle de la rue et d'une venelle qui débouche sur le bastion d'Eole. Pour entrer, on écarte du front une frange de bonites séchées suspendues au linteau et qui sentent, j'en conviens, carrément le derrière. A l'intérieur, d'autres odeurs : cannelle, girofle, café frais moulu font oublier la première et c'est, de toute l'île, l'endroit où je me sens le mieux. Les murs sont tapissés de bidons poisseux et dorés, mélasse ou huile de palme. Le tabac à chiquer pend en lourdes tresses noires sur les pyramides d'oeufs conchiés par les mouches et les régimes de bananes accrochés aux murs bleus flamboient comme des lampions. Sans oublier les boîtes à thé "Au Soleil Levant" datant du Japon militaire, le bocal de sucres d'orge coloriés en spirales et les pains de sucre enveloppés de fort papier havane, que l'épicière fracasse avec un petit marteau à bec, très musical. (...)
Nicolas Bouvier ; Le poisson-scorpion.

Une fameuse boutique : 

Dans ma bibliothèque, une histoire de pingouins et de boutique : 

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Encore un peu ?