Ce matin-là,
Quand le petit père créateur a ouvert les yeux
il s'est penché par-dessus bord
et
il s'est dit : oh là là quand même tout de même vraiment
j'aurais pu faire un effort
sur le décor
jamais au grand jamais ils ne se plairont là 
tout de même vraiment
alors
il a soufflé doucement
sur la corde à linge 
et

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Un : la chaussette bleue s'est envolée et déployée comme un oiseau, et le ciel est venu
Deux : la serviette blanche l'a peuplé de ces gros nuages blancs qui le font plus grand et plus bleu encore. Alors est venue la lumière 
Trois : le bas bleu s'est élevé à son tour, plein à craquer de promesses : promesses célestes de nuits bleues, soir et repos, soit calme ô ma douleur, sublimes étoiles et lune capricieuse, promesse du soleil en gloire de chaque matin du monde. Alors le temps a commencé
Quatre : du petit mouchoir bleu a jailli l'eau du premier jour, indispensable, claire et neuve. Alors la vie est arrivée
Cinq : le mouchoir jaune a déroulé terre rouge, terre brune et herbe verte, souple, fraîche et 
Six : d'un carré blanc sont sorties bêtes minuscules, sautant, grillonnant, mille-pattant, se carapatant entre les herbes, les escaladant, fourmillant craquetant
grouillant
Sept : un torchon blanc s'envole sur l'eau et voilà poissons, larves et moustiques, grenouilles tritons algues vertes
Huit : au ciel des rêves d'en haut toujours plus haut ! ornements, symphonie, trilles, gazouillis : les oiseaux. Alors la musique est venue et
Neuf : du caleçon blanc se tortillant ont coulé d'une jambe bêtes à écailles et carapaces, tortues, lézards, varans, dragons de Komodo de l'autre jambe bêtes à mamelles et poils, dents acérées à manger son prochain, dents plates à mâcher des racines. Alors la chasse a commencé 
Dix : du pantalon longues racines ont poussé et
se sont dressés troncs, feuillages, branches, arbres, arbustes, buissons chantants et papillonnants, vibrants
Onze : désormais inutile, la corde à linge s'est animée et
langoureuse, souple, silencieuse, la couleuvre s'est glissée entre les herbes, posant sur la vie bouillonnante son oeil froid de reptile
Alors
La porte de la caravane s'est ouverte
Eve a sorti un joli pied qu'elle a posé sur l'herbe
puis un autre
tout aussi joli
elle a poussé un petit cri de plaisir
l'herbe était douce et fraîche
puis elle a appelé Adam
il est sorti à son tour
Nu ils étaient nus
car c'était le premier jour
Ils ont pris sur la corde deux chiffons
Douze, treize
un pour toi
un pour moi

Quant au vilain pot brun 
nous l'appellerons Boîte de Pandore
Il leur faudra bien ça pour affronter les épreuves
de la vie neuve
et terrible qui les attend
dorénavant.
Le décor, ça ne fait pas tout.


Lakévio voudrait nous coller le bourdon qu'elle ne s'y prendrait pas autrement, mais on ne va pas se laisser faire, pas question, non de non.

Et je souhaite un très bon anniversaire à Amah, parti voir sa famille et ses amis dans son Togo natal.