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Ne dites rien, j'essaie de deviner.
Vous imaginez que de ma manche béante, ridiculement béante, va sortir un perfide et persiffleur serpent sinueux insinueur de mauvais conseil ? Que, l'écoutant d'une moitié d'oreille et lui obéissant des dents, je m'en vais croquer cette pomme floutée ?
Et tiens, pourquoi pas, que j'ai couvert ma nudité par anticipation, sachant que j'allais être chassée du Paradis fissa avec mon compagnon ?
Chut, taisez-vous. vous n'avez rien compris.
C'est au miroir que je parle, que je parle magie, c'est à lui que j'ordonne, à moins qu'il ne modifie son discours déprimant gna gna gna plus belle que vous gna gna gna dans la forêt, à lui que j'ordonne donc de se taire à jamais, s'il ne veut pas que je le brise d'un coup de pomme bien senti.
Car la plus belle, c'est moi, non ?
Je vais abimer la pomme dans les éclats inutiles du miroir brisé ? Qu'importe, j'ai tout un pommier dans le jardin. Des pommes à revendre, toutes plus belles les unes que les autres, bien plus alléchantes que les pommes de pin du bois joli où ma niaise de belle fille se croit à l 'abri. Un bon trempage, un déguisement plus vrai que vrai, nez crochu, menton barbu, dos courbu *, et l'affaire est dans le sac. Plus de miroir, plus de belle -arg belle ! encore ce mot, belle ! - fille.
Alors oui, taisez-vous, miroir de malheur, et vous, lecteurs, épargnez moi vos on s'en fout on sait déjà comment ça va finir, briseurs de rêve ! Vendus à Walt Disney ! Adorateurs de Grimm !  
Laissez moi réfléchir au meilleur déguisement pour aller surprendre la bécasse sans être reconnue. 
Pour la prochaine étape.
Sa défaite et mon règne éternel, 
le règne de la plus belle.
Non mais.

Pour Lakevio et son devoir du lundi.  

* Henri Pourrat, qui s'y connaissait en contes et en vieilles bonnes femmes, les décrit- entre autres - ainsi :

Comme il était sur ces pensées, par un petit chemin vert il vit venir à lui une vieille femme. Elle était un peu faite comme la baragogne, mais avec des yeux qui brillaient et point agréable à voir. (le conte de Chaille) 

Un soir vint à passer une vieille mendiante - et c'était une fée. vous savez comme tout va en ces contes, plus elles sont vieilles, chenues, ridées, et la roupie au nez, plus elles sont fées. (le conte de la patte pelue)
C'est que je garde dans un petit coin de ma tête tous les contes de Pourrat que je connais, que j'ai raconté - c'est le cas de ces deux-là - plus tout ceux que je n'ai pas encore raconté
mais un jour, peut -être...