23 juin 2008
Theodora, la minute savante
Lecteur savant
Ami du vivant
Parce que la chasse aux moustiques est officiellement ouverte,
Parce qu’elle a lu une petite nouvelle : « Le chasseur de légendes » (merci Catherine)
Parce que c’est bien écrit
Et parce qu’elle aime partager
Mère Castor t’offre le texte que voici :
- Tout au long de son histoire, des invasions récurrentes tourmentèrent Théodora; pour chaque ennemi défait un autre se renforçait et menaçait la survie des habitants de la ville. Le ciel débarrassé des condors, on dut faire face à la montée des serpents; l'extermination des araignées permit aux mouches de se multiplier et de tout noircir; la victoire sur les termites livra la ville à la toute puissance des vers.
Une à une les espèces contraires à la ville durent succomber et s'éteignirent. A force de mettre en pièces écailles et carapaces, d'arracher élytres et plumes, les hommes donnèrent à Théodora cette image d'une ville exclusivement humaine, qui la distingue toujours.
Mais auparavant, pendant de longues années, on put se demander si la victoire finale ne reviendrait pas à la dernière espèce qui disputât aux hommes la possession de la ville: les rats. Pour chaque génération de ces rongeurs que les hommes réussissaient à exterminer, les quelques survivants donnaient le jour à une progéniture plus aguerrie, qui ne craignait pas les pièges et résistait à tous les poisons. En quelques semaines, les souterrains de Théodora se repeuplaient de hordes proliférantes de rats d'égouts.
Finalement, au prix d'une hécatombe extrême, l’ingéniosité meurtrière des hommes l'emporta sur l’instinct vital supérieur de leurs ennemis.
La ville, grand cimetière du règne animal se referma, aseptisée, sur les dernières charognes ensevelies avec leurs dernières puces et leurs derniers microbes. L'homme avait à la fin rétabli l'ordre du monde, qu'il avait d'abord bouleversé: aucune autre espèce vivante n'existait plus pour le remettre en cause. En souvenir de ce qui avait été la faune, la bibliothèque de Théodora n'aurait qu'à garder sur ses étagères les oeuvres de Buffon et de Linné.
C'est du moins ce que pensaient les habitants de Théodora, bien loin de supposer qu'une faune oubliée allait sortir de sa léthargie. Reléguée pendant un temps indéfini dans des repaires à l’écart, depuis l'époque où elle s'était vue détrônée par le système des espèces désormais éteintes, l'autre faune revenait au jour par les sous-sols de la bibliothèque où l'on conserve les incunables, elle descendait des chapiteaux, sautait des gargouilles, se perchait au chevet des dormeurs. Les sphinx, les griffons, les chimères, les dragons, les hircocerfs, les harpies, les hydres, les licornes, les basilics reprenaient possession de leur ville.
Italo Calvino. Les villes invisibles.
Je t’entends, visiteur qui dit : Comment ? Lire 381 mots, 2454 caractères, moi qui vient ici pour voir des cailloux, des danseuses enroulées dans des draps, encore des cailloux, des poupées moches, des animations sans queue ni tête, des bâtons ?
Et l’autre là qui répond, bof, oui, je l’ai déjà lu, et alors ?
C’est que Mère Castor qui se gratte et s'arrache la peau
Voudrais savoir absolument :
Bordel, pour chasser les moustiques
Tu fais comment
Lecteur savant
Ami du vivant ?
21 juin 2008
Solstice
Les chiffres rouges et incandescents au dessus de nos têtes fumantes
Annoncent 35 °
Le bitume noir et mou colle aux pieds
Il est temps de fêter au village
Saint Jean et le soleil en gloire
A la crèche un cheval de carton danse derrière une lampe
Eternelle histoire de cirque, de lions et de danseuse
Sans surprise
Bravo ! Crient les petits enfants
Sur le pré
La fée électricité veille au coucher du roi
Pendant que sur l’autel et dans l’assiette, dérisoires performances
On sacrifie quelques fades volailles
Poulet basquaise et dindes en papillottes
Audrey pose et ose se demander ce qu'elle fait là
Tristes et pâteux les jaunes d’œuf, demi-planètes
L’éclair glacé du dessert colle aux dents
Mais quand les flammes allument la nuit et font oublier les étoiles
Les enfants tournent autour de l’astre revenu
Sautent au dessus des braises
Et vont sans le savoir cueillir une promesse
Du bonheur pour toute l’année
Et cet ultime éclat sur le chemin rendu à la nuit
C’est Mère Castor qui vole à son frère le crapaud
Randonneur pacifique et craintif

Pleine de grâce
La dernière image du jour.
19 juin 2008
L'absent
L'âme gardienne du mazet s’en est allé
Soigner la terre par en dessous
Tout est en place
On peut dormir ici en comptant les étoiles
Sur la table le couvert est mis
Les ferrailles cliquètent et rouillent
Comme avant sur le vélo poétique de l’absent
Tout est en place et vivant
Soudain : Crac crac !
Qui vient visiter l’insolite Paradis ?
C’est dans un petit arbre un grand pic
Qui grimpe et tape, précise mécanique.
C’est un endroit pas comme les autres
Très loin et si près du village
Tout est en place à jamais et tout bouge tout le temps
Où est-ce ?
Je sais, mais je ne dirai rien, affirme Mère Castor
Qui sur la route du retour
A compté les pétales froissées d’une belle endormeuse
Je sais
Mais je ne dirai
Rien
18 juin 2008
Flower Power
Les pieds mouillés, la tête baignée de ciel bleu
Mère Castor vadrouille
Ecoute les grenouilles
Salue la campanule
Les algues qui ondulent
La mouche somnambule
L’escargot funambule
Les jardins minuscules
Mais silence ! Le bois flotte et le caillou songe
L’araignée piège la rosée
Ephémère et divine boisson
Sous les merles, les canards et les bergeronnettes
Vidourle bulle et prépare ses quartiers d’été
Mère Castor fait un autoportrait : Pied droit, pied gauche
Sous le pont chantent la fleur
Et les mots
C’est le Flower Power
17 juin 2008
anniversaire
Il y a vingt ans, Père Et Mère Castor venaient d'acheter la grande maison
Il y a vingt ans, de la cour de l'école
Alice et Agathe attendaient le signal à la fenêtre : fille ou garçon ?
Petit frère ou petite sœur ?
Il y a vingt ans naissait Adèle
Peau rouge et cheveux noirs, si belle
Il ne s'agit pas de casser des pattes de canards
Mais de penser à Adèle qui est loin pour cause de stage
Mère Castor a donc réuni 20 lettres et 20 personnages
pour rendre à Adèle un petit hommage
Bon anniversaire Adèle
Quant au petit frère, il est arrivé moins de deux ans plus tard, et c'est lui qui a composé la musique qui accompagne la vidéo.
Ça s'appelle : Poussière d'étoiles.
Lecteur curieux et plein de questions
Sauras-tu deviner le prénom du petit frère ?
16 juin 2008
le grand jeu
Pour aller chez Mère Castor se faire manger
L’aubergine a sorti le cirage et le fer à friser
Parisiens
Si ce matin
Les tours de la Défense balancent et bruissent doucement
Comme de grands arbres
Ne vous étonnez pas
Elles regardent passer Agathe
Petite fée pleine d'esprit et de courage
Qui commence aujourd'hui sa nouvelle vie
13 juin 2008
Gäel, pub
C'est un p'tit Gä devenu grand
On le trouvait déjà là (en lien à droite)
Il est ici aussi maintenant
12 juin 2008
Boire la garrigue
Passé le pont qui vibre sous les voitures
La joie des hirondelles au dessus des maisons
Passées les odeurs, fleurs domestiques et cyprès
Passé le pont
Vidourle si près exhibe ses chaudes effluves de fleuve
Au nez de Mère Castor
Qui écoute les moucherons, leurs danses d’été
Les oiseaux qui enchantent les grands arbres penchés
Infiniment vers l’eau que le ciel aspire
Lentement
Il a donné, il reprend
Plus loin elle marche dans la garrigue piquante
Et la rosée calme aussitôt ses chevilles griffées
Elle arrache des joncs, cueille un bouquet vert et parfumé
Prend un bain de papillons et de toiles d’araignées
Retourne près de Vidourle qui
Se souvenant de lui-même
Récite sa claire poésie, fermente sur les bords
Attend que le soleil impitoyable éclate au ciel
Qui lentement reprend tout ce qu’il a donné
Passé le pont
Mère Castor de retour se fait une tisane de promenade
Des feuilles, de l’eau
Comme une Vidourlade
Le petit jeu du jour : citer le nom des plantes de la tisane. Facile.
Plus facile que l'artiste, hum.
C'est la grenouille qui a trouvé : Sauge, thym, romarin, sarriette.
Quant à la fleur rouge, c'est seulement un coquelicot fatigué.
Bibliothécaire de fortune, Mère Castor fait des trouvailles.
Extrait :
- Parfois, quand nous nous reposions l'après-midi, j'allais m'étendre le visage tout près du sol, et je pouvais voir tout ce qui se passait dans les racines de l'herbe, vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu'il y a. C'était une sorte de rêve, de rêve les yeux ouverts, que de regarder ce monde minuscule au cœur de l'herbe, et parfois j'avais l'impression d'être moi-même microscopique, comme ce que je voyais. J'arrivais à être parmi eux, parfois, et alors tout devenait très grand autour de moi. Je me perdais en eux, mais quand je me mettais à avoir peur, je revenais toujours à moi, je regardais toutes ces petites choses en dessous de moi, donc je n'ai jamais pleuré. Toutes ces petites choses semblaient aller quelque part, comme les escargots au lever du jour. Je n'ai jamais découvert leur destination. -
10 juin 2008
Agathe, L'amie du vent
Fille du Sud, grandie au soleil, au Vidourle, au mistral
Un coup de vent l’a emportée
Pour la poser là haut, près de la capitale
Parisiens vantards et autres banlieusards
Mère Castor vous le dit haut et fort
Touchez pas à mon Agathe
Trésor blond à l’esprit vif et pointu
Comme les griffes du lion
Considérez plutôt votre chance
Accueillez-la comme elle le mérite
Traitez-la gentiment
Et laissez la de temps en temps
Revenir dans le Sud pour voir ses vieux parents.
ça ne s'invente pas
photo prise par Agathe lors d'une partie de scrabble






































































