Que le regard porte vers le ciel cranté, vers les murs bavards, bariolés et criards : aimez-moi ! vers le sol qui raconte à longueur de journées ses journées et Dieu (qui est ici chez lui) sait comme elles sont longues, arides, piétineuses, décevantes, usantes et merveilleuses, l'oeil ici ne se repose jamais, pas plus qu'oreilles ni pieds.
Mais est-on là pour se reposer ? Et voilà que, fatiguée, saoulée de chaleur et de bruit, il arrive que tu envisages de détester momentanément certain groupe, certaine troupe de festivaliers arrogants, étalant comme les murs de la ville le catalogue de ce qu'ils ont vu, verront, ont vu l'an passé, ont vu à Paris, ont aimé il y a dix ans, il y a trente ans car ils portent, ces troupeaux - sans parler mais parlons-en des programmes, cahiers à planning, carnets, stylos en état de marche marchons marchons il faut marcher, bouteilles d'eau, foulards pour la clim et chapeaux contre le soleil, sandales à toute épreuves - cheveux gris blancs couleur au choix et vont une, deux, une, deux, festivaler verbe haut et robe fraîche au risque d'agacer au passage - tu parles d'un risque - une MC à cheveux gris et bouteille d'eau - tiens donc- qui ne vaut pas mieux qu'eux. (finalement, me dit Adèle dans sa grande sagesse, je crois que je préfère le public du In) Et puis, un spectacle (pas fameux, ils ont aimé et l'ont fait savoir à grand bruit, tu vois quand je te disais qu'entre eux et moi il y a un océan, pas moins, et ne me dis pas, perfide, que je sais nager) un spectacle donc plus loin, voilà MC bavardant gentiment, tâchant de ne pas faire sa festivalière et donc la faisant, causant et débitant à voix mesurée des conseils plein de sagesse à deux charmantes dames belges fraîchement débarquées, exact contraire de la troupe sus-décrite. C'est ça, le festival.
Cartes, oiseau de malheur et canettes écrasés, vieux souvenirs, beautés à venir, agacements, rencontres et promesses.

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Promesse tenue par Angelica Liddell et son incroyable performance dans Todo il cielo sobre la tierra, vu dans la belle cour du Lycée Saint Joseph, dont je comptais les fenêtres en attendant de savoir si Fidel et Adèle allaient pouvoir entrer, suspense délicieux de la soirée, que vais-je voir le verront-ils aussi, puis leur entrée in extremis, juste avant que s'ouvre pour nous le monde si particulier de Liddell, île de Peter Pan, Wendy abandonnée, valses d'Extrème Orient et paroles extrèmes. Celui là, si Dieu (encore toi ? C'est ma ville, qu'il me répond) me prête vie, dans vingt ans, trente ans j'en parlerai encore. Mais pas trop fort pour ne pas gêner le voisinage. Finalement car il faut une fin, j'ai trouvé pourquoi Adèle avait raison (en partie, foin des sacs, étiquettes et catégories) : Le public du In est curieux et prêt à toutes les expériences. Il y avait beaucoup de jeunes hier soir - des pédants aussi, il en faut un peu, le monde a besoin d'équilibre -  jeunes qui sont sortis enthousiasmés et le sourire aux lèvres, encore pleins de la rage énergique et fouettante comme un bouquet d'orties de la fougueuse Angélica.

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vois-tu l'île de Wendy et Peter, les crocodiles, les instruments de musique qui joueront de langoureuses valses ?

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Sur les conseils de ma voisine, aussi petite que moi, me suis assise sur mon livre pour y voir mieux. Résultat, c'est efficace, un peu, mais inconfortable, beaucoup. Que Virginia Woolf et son délicieux Orlando me pardonnent de les avoir ainsi écrasés de mon fondement toute la soirée, cependant je gage que Virginia, d'où qu'elle se trouve, a su apprécier la langue torride d'Angélica, la menue, la terrible, si frêle et si gigantesque, emplissant la cour de son corps minuscule et ses mots MAJUSCULES.

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derrière le poteau, à droite, un danseur chevelu et un batteur bourru

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les chaudes soirées d'Avignon : sous le Palais, le Potager pour un grignotis de nuit et le bar du In, deux fins de soirée avec Adèle, spécialiste en repérage des beaux danseurs et des batteurs zélés du spectacle de Christian Rizzo à Aubanel. Aurais-je le temps d'y revenir ? nous l'avons beaucoup beaucoup apprécié.

Chez Brigitte C, avignonnaise à la plume savante, des chroniques fournies, documentées et richissimes du même festival. Je m'amuse d' y croiser les mêmes lieux et même personnages et me régale à lire ses billets.