Chez Poupée Sauvage, croisé une miss Havisham qui s'ignore :

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Grâce à Larkéo, qui s'y exerce brillamment, découvert ça : Exercices d’écriture “366 réels à prise rapide” issu du livre “Ecrire sa vie” de C. Bonifas et S. Onze chez Mango.
Traqueuse de la petite bête du hasard qui fait rien qu'à me chatouiller le dessous des pieds, je vois un délicat téléscopage, une conjonction impromptue entre le oui que Miss Havisham n'a jamais dit et l'exercice d'écriture du jour : Celui ou celle qui dit oui.

Tu ne sais pas qui est Miss Havisham ? tu peux lire ça :
http://rosesdedecembre.blogspot.com/2005/09/miss-havisham-ou-linconsole.html

Pour le lecteur courageux qui n'a que ça à faire, Miss H en personne, telle que Pip la rencontre au début du formidable roman de Dickens, Les Grandes Espérances :

- Je n’étais pas fort rassuré ; cependant je n’avais qu’une chose à faire, c’était de frapper à la porte. Je frappai. De l’intérieur, quelqu’un me cria d’entrer. J’entrai donc, et je me trouvai dans une chambre assez vaste, éclairée par des bougies, car pas le moindre rayon de soleil n’y pénétrait. C’était un cabinet de toilette, à en juger par les meubles, quoique la forme et l’usage de la plupart d’entre eux me fussent inconnus ; mais je remarquai surtout une table drapée, surmontée d’un miroir doré, que je pensai, à première vue devoir être la toilette d’une grande dame.

Je n’aurais peut-être pas fait cette réflexion sitôt, si dès en entrant, je n’avais vu, en effet, une belle dame assise à cette toilette, mais je ne saurais le dire. Dans un fauteuil, le coude appuyé sur cette table et la tête penchée sur sa main, était assise la femme la plus singulière que j’eusse jamais vue et que je verrai jamais.

Elle portait de riches atours, dentelles, satins et soies, le tout blanc ; ses souliers mêmes étaient blancs. Un long voile blanc tombait de ses cheveux ; elle avait sur la tête une couronne de mariée ; mais ses cheveux étaient tout blancs. De beaux diamants étincelaient à ses mains et autour de son cou et quelques autres étaient restés sur la table. Des habits moins somptueux que ceux qu’elle portait étaient à demi sortis d’un coffre et éparpillés alentour. Elle n’avait pas entièrement terminé sa toilette, car elle n’avait chaussé qu’un soulier ; l’autre était sur la table près de sa main, son voile n’était posé qu’à demi ; elle n’avait encore ni sa montre ni sa chaîne, et quelques dentelles, qui devaient orner son sein, étaient avec ses bijoux, son mouchoir, ses gants, quelques fleurs et un livre de prières, confusément entassées autour du miroir.

Ce ne fut pas dans le premier moment que je vis toutes ces choses, quoique j’en visse plus au premier abord qu’on ne pourrait le supposer. Mais je vis bien vite que tout ce qui me paraissait d’une blancheur extrême, ne l’était plus depuis longtemps ; cela avait perdu tout son lustre, et était fané et jauni. Je vis que dans sa robe nuptiale, la fiancée était flétrie, comme ses vêtements, comme ses fleurs, et qu’elle n’avait conservé rien de brillant que ses yeux caves. On voyait que ces vêtements avaient autrefois recouvert les formes gracieuses d’une jeune femme, et que le corps sur lequel ils flottaient maintenant s’était réduit, et n’avait plus que la peau et les os. J’avais vu autrefois à la foire une figure de cire représentant je ne sais plus quel personnage impassible, exposé après sa mort. Dans une autre occasion, j’avais été voir, à la vieille église de nos marais, un squelette couvert de riches vêtements qu’on venait de découvrir sous le pavé de l’église. En ce moment, la figure de cire et le squelette me semblaient avoir des yeux noirs qu’ils remuaient en me regardant. J’aurais crié si j’avais pu.
- Qui est là ? demanda la dame assise à la table de toilette.
- Pip, madame.
- Pip ?
- Le jeune homme de M. Pumblechook, madame, qui vient… pour jouer.
-Approche, que je te voie… approche… plus près… plus près…
Ce fut lorsque je me trouvai devant elle et que je tâchai d’éviter son regard, que je pris une note détaillée des objets qui l’entouraient. Je remarquai que sa montre était arrêtée à neuf heures moins vingt minutes, et que la pendule de la chambre était aussi arrêtée à la même heure.
-Regarde-moi, dit miss Havisham, tu n’as pas peur d’une femme qui n’a pas vu la lumière du soleil depuis que tu es au monde ?
Je regrette d’être obligé de constater que je ne reculai pas devant l’énorme mensonge, contenu dans ma réponse négative.
-Sais-tu ce que je touche là, dit-elle en appuyant ses deux mains sur son côté gauche.
-Oui, madame.
Cela me fit penser au jeune homme qui avait dû me manger le cœur.
-Qu’est-ce ?
-Votre cœur.
-Oui, il est mort !
Elle murmura ces mots avec un regard étrange et en sourire de Parque, qui renfermait une espèce de vanité. Puis, ayant tenu ses mains sur son cœur pendant quelques moments, elle les ôta lentement, comme si elles eussent pressé trop fortement sa poitrine.
Je suis fatiguée, dit miss Havisham ; j’ai besoin de distraction… je suis lasse des hommes et des femmes…. Joue.

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Et la suite, le gâteau, les toiles d'araignées, le banquet figé, tout le roman... Dans mon cas, des images pour toute la vie.

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Je te conseille la préface de ce livre écrite par Giono, je me souviens l'avoir lu avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. (habituellement je ne lis pas les préfaces, pourquoi ai-je lu celle là ? Mystère et boule de gomme)

Je ne parle pas de lecture, qu'elle disait la Mère Castor, t'as qu'à croire. Mais c'est de ta faute aussi, tu lui mets sous le nez matière à parler, alors elle parle, elle parle.